La peur de l’avion possède une particularité : savoir rationnellement que l’aviation commerciale est très sûre ne suffit pas toujours à faire disparaître l’anxiété. Un bruit inhabituel au décollage, quelques secondes de turbulences ou l’impossibilité de quitter l’appareil peuvent déclencher une réaction de peur alors même que le passager sait qu’il n’est probablement pas en danger.
Les données permettent pourtant de remettre le risque en perspective. Selon le rapport 2025 de l’International Air Transport Association (IATA), 38,7 millions de vols ont été réalisés en 2025 et 51 accidents ont été recensés, soit 1,32 accident par million de vols. Sur la période 2021-2025, l’IATA estime à environ un pour 5,6 millions de vols la fréquence moyenne des accidents mortels. La tendance de long terme montre par ailleurs une diminution importante du taux d’accidents.
Pour une personne qui redoute de prendre l’avion, l’enjeu n’est donc pas seulement d’accumuler des statistiques rassurantes. Il consiste surtout à identifier ce qui déclenche la peur et les mécanismes qui l’entretiennent, puis à agir dessus avant le départ.
Turbulences, décollage, bruits : comprendre ce qui fait réellement peur
Toutes les personnes anxieuses en avion ne redoutent pas la même chose.
Chez certaines, la peur se concentre sur l’accident. Chez d’autres, ce sont plutôt les turbulences, l’enfermement dans la cabine, l’impossibilité de contrôler la situation ou encore la crainte de faire une crise de panique à 10 000 mètres d’altitude.
Cette distinction est importante : une personne qui a peur des turbulences et une personne claustrophobe peuvent ressentir une anxiété similaire dans l’avion, mais le déclencheur n’est pas le même.
Prenons justement les turbulences, probablement l’une des situations les plus impressionnantes pour les passagers.
La Federal Aviation Administration (FAA) américaine rappelle que les turbulences correspondent à des mouvements de l’air pouvant notamment être provoqués par les courants-jets, les reliefs montagneux, les fronts météorologiques ou les orages. Elles peuvent également apparaître dans un ciel apparemment dégagé. Elles sont fréquentes et font partie des phénomènes rencontrés pendant les opérations aériennes.
Le principal risque immédiat pour le passager est alors différent de celui qu’il imagine souvent : être blessé parce qu’il n’est pas attaché lors d’un mouvement brutal de l’appareil. C’est précisément pour cette raison que la FAA recommande de conserver sa ceinture attachée lorsque l’on est assis, même lorsque le signal lumineux est éteint.
Comprendre cette différence entre sensation impressionnante et interprétation du danger peut constituer une première étape pour réduire la peur.
Pourquoi les statistiques ne suffisent-elles pas toujours ?
Une personne anxieuse peut parfaitement connaître les statistiques de sécurité aérienne et continuer à avoir peur.
C’est l’une des limites du simple raisonnement : une phobie ne repose pas uniquement sur une mauvaise estimation consciente des probabilités.
Imaginons un passager qui ressent une secousse.
Son raisonnement peut devenir presque instantané :
Secousse → quelque chose d’anormal se passe → l’avion rencontre un problème → danger.
L’augmentation du rythme cardiaque ou de la respiration peut ensuite être interprétée comme une confirmation : « Si je me sens aussi mal, c’est que la situation est réellement inquiétante ».
La personne surveille alors davantage les mouvements de l’appareil, les bruits des moteurs ou même le comportement du personnel navigant.
Une hôtesse se lève rapidement ? Cela devient potentiellement inquiétant.
Le bruit des moteurs change ? Même réaction.
Le pilote allume le signal « attachez vos ceintures » ? L’attention se focalise immédiatement sur chaque mouvement.
C’est donc l’interprétation du signal qui alimente en partie l’anxiété, et pas uniquement le signal lui-même.
L’évitement : une stratégie rassurante à court terme, problématique à long terme
Reporter un voyage ou choisir systématiquement le train permet évidemment d’éviter l’inconfort provoqué par l’avion.
Le soulagement peut être immédiat.
Mais ce mécanisme est justement bien connu dans la prise en charge des phobies. Le NHS britannique explique que l’évitement d’une situation redoutée peut apporter un soulagement à court terme tout en rendant progressivement cette situation plus difficile à affronter. À l’inverse, une confrontation graduelle avec la peur constitue le principe de la thérapie d’exposition.
C’est pourquoi une préparation à la peur de l’avion peut commencer avant même d’acheter un billet.
Il ne s’agit évidemment pas de commencer directement par un vol de douze heures.
Une progression peut être construite :
| Niveau | Exemple d’exposition |
|---|---|
| 1 | Regarder une photographie de cabine |
| 2 | Regarder une vidéo de décollage avec le son |
| 3 | Regarder un vol filmé depuis l’intérieur de l’appareil |
| 4 | Visionner une séquence comprenant des turbulences légères |
| 5 | Se rendre dans un aéroport |
| 6 | Effectuer un vol court |
| 7 | Envisager progressivement des vols plus longs |
L’ordre n’est évidemment pas universel : la difficulté ressentie doit être évaluée individuellement.
La thérapie d’exposition fait partie des approches de référence pour les phobies
Lorsqu’une peur de l’avion devient réellement handicapante, les recommandations médicales sont plus précises que le simple conseil consistant à « essayer de se détendre ».
La Mayo Clinic présente ainsi la thérapie d’exposition comme le traitement principal des phobies spécifiques. Son principe repose sur des confrontations graduelles et répétées à la situation redoutée et aux pensées, émotions et sensations qui l’accompagnent.
Les thérapies cognitives et comportementales (TCC) associent notamment cette exposition à un travail sur la manière d’interpréter la situation.
Dans le cas de l’avion, cela peut revenir à travailler sur des pensées telles que :
- « Si l’avion bouge fortement, quelque chose est en train de se passer » ;
- « Si je panique, je ne pourrai pas tenir jusqu’à l’atterrissage » ;
- « Je dois surveiller les bruits pour vérifier que tout fonctionne normalement » ;
- « Je ne supporte pas de ne pas contrôler ce qui se passe ».
Le but n’est donc pas forcément de se répéter que « tout va bien », mais d’apprendre progressivement à tolérer l’incertitude et les sensations associées au vol sans les interpréter automatiquement comme un danger.
L’hypnose peut-elle être utilisée contre la peur de l’avion ?

D’autres approches sont également proposées aux personnes qui souhaitent travailler sur leur anxiété avant un voyage.
L’hypnose est notamment utilisée par certains praticiens dans l’accompagnement des phobies et des réactions anxieuses. Une personne intéressée par cette approche peut par exemple se renseigner sur l’hypnose peur avion et sur la manière dont une séance peut être envisagée dans ce contexte.
Il convient néanmoins de distinguer les niveaux de preuve : pour les phobies spécifiques, les données et recommandations cliniques sont particulièrement solides concernant les approches comportementales reposant sur l’exposition, notamment dans le cadre des TCC.
L’hypnose peut donc être envisagée comme une approche possible selon le profil et les préférences de la personne, sans la présenter comme une méthode garantissant la disparition de la phobie.
Se préparer aux sensations du décollage plutôt qu’au seul risque d’accident
Un autre exercice intéressant consiste à identifier précisément les moments anxiogènes du vol.
Le décollage en est un bon exemple.
En quelques minutes, le passager peut ressentir l’accélération sur la piste, l’inclinaison de l’appareil, des changements de bruit des moteurs et différentes sensations corporelles.
Pour quelqu’un qui surveille en permanence l’appareil, chaque changement peut devenir une nouvelle source d’interrogation.
Il peut donc être plus utile de se familiariser avec les différentes phases d’un vol que de lire une dizaine de statistiques sur les accidents.
Avant le voyage, regarder une vidéo complète filmée depuis une cabine passagers permet par exemple d’entendre les sons du roulage, du décollage et de la montée.
L’objectif n’est pas de devenir spécialiste de l’aéronautique. Il est simplement de réduire l’effet de surprise.
Construire une préparation sur les trois semaines précédant le départ
Une peur installée depuis plusieurs années a peu de chances de disparaître grâce à un exercice de respiration réalisé cinq minutes avant l’embarquement.
Lorsque le voyage est programmé suffisamment tôt, mieux vaut construire une préparation progressive.
Trois semaines avant le départ : identifier la peur.
Noter les situations les plus redoutées et leur attribuer une intensité de 0 à 10 : décollage, turbulences, enfermement, altitude, perte de contrôle, atterrissage…
Deux semaines avant : commencer l’exposition.
Regarder régulièrement des vidéos de vols, écouter les bruits d’une cabine ou observer un décollage complet. L’objectif est de rester suffisamment longtemps confronté à la situation pour constater que l’anxiété peut évoluer sans devoir systématiquement l’éviter.
Une semaine avant : préparer le voyage réel.
Choisir son siège si possible, préparer les documents, organiser le trajet jusqu’à l’aéroport et supprimer les sources de stress évitables.
Le jour du vol : ne pas transformer chaque sensation en test.
Il est tentant de vérifier en permanence son niveau d’anxiété : « Est-ce que mon cœur bat vite ? Est-ce que je commence à paniquer ? Est-ce que je vais tenir ? »
Cette autosurveillance maintient justement l’attention sur la peur.
Mieux vaut avoir préparé à l’avance une activité capable de mobiliser réellement l’attention : film, podcast, jeu, livre ou conversation.
Et les médicaments contre l’anxiété ?
Il s’agit d’un sujet à aborder avec un médecin plutôt que de pratiquer l’automédication.
Dans le traitement des phobies spécifiques, certains médicaments peuvent parfois être utilisés ponctuellement pour diminuer des symptômes d’anxiété dans une situation particulière, comme un voyage en avion. Mais ils ne remplacent pas le travail thérapeutique sur la phobie elle-même.
La Mayo Clinic mentionne notamment l’utilisation possible, dans certaines situations et sur avis médical, de bêtabloquants ou de sédatifs. Elle souligne également que les benzodiazépines doivent être utilisées avec prudence en raison notamment de leur potentiel de dépendance.
Il ne faut donc pas tester pour la première fois un médicament de sa propre initiative juste avant de monter dans un avion.
Trois idées à retenir avant le prochain vol
La peur de l’avion ne se résume finalement pas à une mauvaise connaissance des statistiques.
En 2025, l’IATA a recensé 51 accidents sur 38,7 millions de vols, ce qui permet de replacer objectivement le niveau de risque dans son contexte. Mais une personne phobique peut connaître ces chiffres par cœur et continuer à ressentir une forte anxiété.
Le travail le plus utile consiste alors à agir sur trois niveaux : mieux comprendre les phénomènes interprétés comme dangereux, réduire progressivement l’évitement et modifier la réponse aux pensées et sensations anxieuses.
C’est aussi pourquoi commencer cette préparation plusieurs semaines avant le voyage est généralement plus pertinent que de chercher une solution miracle une fois assis dans l’avion.
L’objectif n’est pas nécessairement d’arriver au point où un décollage ou une turbulence ne provoque plus aucune émotion. Il est plutôt de pouvoir ressentir cette appréhension sans qu’elle empêche de monter dans l’avion et de voyager.
Sources
- International Air Transport Association (IATA), Annual Safety Report 2025.
- Federal Aviation Administration (FAA), Turbulence: Staying Safe et recommandations de sécurité aux passagers.
- Mayo Clinic, Specific phobias – Diagnosis and treatment.
- NHS, Facing your fears – Every Mind Matters.



